
Par Jackenson Louis
C’est un cri du cœur, un cri d’alerte aussi. À quelques semaines de sa participation annoncée au Caribbean Shield, l’Association Sportive Capoise (ASC), l’un des clubs les plus titrés et respectés du pays, se retrouve au pied du mur. Le club nordiste, emblème historique du football haïtien, fait face à une crise financière d’une rare gravité.
Selon les informations relayées par le journaliste Frantzdy Presandieu, la direction du club peine à réunir les 120 000 dollars américains nécessaires pour assurer sa participation au tournoi caribéen. Une somme qui, dans le contexte haïtien, tient presque du mirage.
« Si rien n’est fait, l’ASC ne pourra pas faire le déplacement » avertit une source interne. Une éventualité qui viendrait entacher un peu plus un paysage footballistique déjà moribond.
Car derrière le cas de l’ASC se cache une réalité plus vaste, plus préoccupante : celle d’un football national à l’agonie. La suspension prolongée du championnat haïtien prive les clubs de toute recette liée à la billetterie. Les droits de télévision sont inexistants, les sponsors se font rares, les infrastructures sont délabrées. Résultat : les clubs naviguent à vue, survivant de dons, de solidarité locale et parfois de miracles.
Et pourtant, le peuple, lui, continue d’y croire. Le ballon rond reste, malgré tout, le ciment émotionnel de toute une nation. Mais comment rêver quand les moyens manquent ? Comment bâtir un avenir sans fondations solides ? Comment espérer briller à l’étranger quand on lutte simplement pour ne pas sombrer ?
L’ASC, surnommé affectueusement le Vieux Coq capois, n’est pas qu’un club en difficulté. Il est aujourd’hui le miroir d’un football sacrifié, porté à bout de bras par des passionnés que ni l’instabilité ni les crises n’ont réussi à faire taire.
Le moment est venu de se poser les vraies questions.
Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand l’indifférence, l’inaction, le silence ?
Si l’on veut sauver le sport roi, il faudra plus que des discours. Il faudra des engagements concrets, une volonté politique réelle, et une mobilisation nationale.
Car au-delà du terrain, c’est toute une jeunesse qu’on prive de rêves. Et cela, le pays ne peut plus se le permettre.